(ABADIADA)-« LE DOIGT DANS L’OEIL »:
Serigne Mbacké Ndiaye rate sa rentrée politique à Thiès
« Il est temps que le Président du Sénégal Macky Sall sache qu’on le trompe à Thiès. Le ‘’Diankène’’ est devenu un gagne-pain pour beaucoup de politiciens professionnels, conscients du fait que la conquête de Thiès constitue un enjeu fondamental sur l’échiquier politique national ». Ce message en dit long sur le « dégout » manifesté par nombre de Thiessois par rapport à la demarche de l’ancien ministre-directeur de cabinet politique du président Abdoulaye Wade, Serigne Mbacké Ndiaye, qui a eu toutes les peines du monde pour mobiliser à Thiès, ce week-end, lors de sa « rentrée politique carrément ratée ». Le président de la Convergence Libérale et Patriotique a dû se rendre compte qu’il n’est pas aimé « politiquement » dans la cité du rail, où il avait porté son choix pour officialiser sa décision de soutenir la candidature du président Macky Sall à la présidentielle de 2019. Nombre de Thiessois qui ont boyccoté la rencontre qualifient la « transhumance » de « réflexe opportuniste de gens sans scrupule, sans vergogne, qui n’offrent aucune valeur, aucun model aux générations présentes et à venir ».
C’est dans une salle de moins de 250 places, à moitié remplie, où l’assistance était composée en majorité de griots quémandeurs, que l’ancien ministre, Serigne Mbacké Ndiaye, introduisant une conférence publique de communication sur les « Réalisations du président de la République », a compris que « les Thiessois ont réfléchi fermement et refusent, désormais, d’être dupés, d’être entrainés dans une pure comédie dont les acteurs ne visent qu’un profit habilement voilé. Des acteurs qui ne sont rien d’autre que des affairistes qui ne s’intéressent aux militants qu’à l’approche des échéances électorales pendant lesquelles on se poudre et on met du vernis, ou on prêche la disponibilité à l’instar du renard voulant le fromage du corbeau ». Quatre étudiants trouvés sur l’avenue Caen préfèrent vaquer à leurs occupations. Ils refusent de se faire prendre pour des « dupes ». Parmi eux, Souleymane Tine, qui n’hésite pas une seconde à identifier l’ancien directeur de cabinet politique du Président Wade dans « la catégorie des ‘’fauteurs de troubles’’ venus brouiller davantage la ‘’zone de turbulence’’ que traverse aujourd’hui le camp présidentiel à Thiès, marquée par l’anarchie, la confusion totale, l’absence de visibilité et de lisibilité ». Son condisciple, Moussa Fall, remarque que « c’est là l’œuvre de hauts responsables, qui sont ministres, députés, directeurs nationaux et Pca de sociétés mais semblent ramer contre les intérêts de leur camp, malgré les moyens faramineux mis à leur disposition ».
Nombreux sont les Thièssois qui disent « en avoir ras-le-bol des promesses et déclarations sournoises d’une ‘’certaine élite pouvoiriste et sans idéal’’, des ‘’perturbateurs’’ qui ont fini de rabaisser tout ce qui a contribué autrefois ou hier à la gloire et à la prospérité de la cité, utilisant le ‘’foyer beige-marron’’ comme ‘’refuge économique’’, des ‘’spécialistes du bluff’’,  ‘’chasseurs de privilèges’’, qui se meuvent dans des alliances contre-natures où chacun cherche à utiliser l’autre comme dans un jeu de ping-pong ». Aly Diop, un observateur de la scène politique remarque qu’  « à Thiès la galaxie de Macky Sall est devenue très sale, avec une intrusion de personnes à la moralité douteuse ». Il rappelle qu’ « au cours d’une audience tenue le samedi 17 mars 2012, à 20 heures, au Palais de la République, pour un arbitrage sollicité par des responsables du PDS à Thiès, pour clarifier le débat sur la ‘’pagaille libérale’’ qui gangrénait ce parti dans le département, le Président Abdoulaye Wade a fini par demander au ministre Serigne Mbacké Ndiaye de ne plus jamais remettre les pieds à Thiès ». Une manière pour notre interlocuteur de déplorer « la situation politique de la mouvance présidentielle à Thiès, à travers une ‘’atmosphère de dégout’’ entretenue par des politiciens affairistes ».
La transhumance, une « forme d’opportunisme » au sens réaliste du terme
Au Sénégal, le phénomène de la transhumance ayant fini par s’imposer comme une réalité politique depuis de l’alternance en 2000, le père de famille Modou Sidibé, au quartier Cité Senghor, de voir, lui, à travers cette forme de ralliement à la mouvance présidentielle une « sorte de trahison » ou encore  de « réflexe opportuniste ». Si l’on sait, dit-il, que « la plupart des hommes d’affaires, des hommes politiques au Sénégal, ont ce réflexe, à tord ou à raison, de travailler toujours avec le président de la République en place ».
Néanmoins, la dame Penda Diop, cadre à la retraite, d’attirer l’attention du Président Macky Sall sur « le préjudice du phénomène, pratiqué par des gens tristement célèbres, sans scrupule ni vergogne, n’offrant aucune valeur, aucun modèle aux générations présentes et à venir ». Loin d’être amnésique, elle se demande : « Serigne Mbacké Ndiaye, ne l’aurait-il pas déjà fait pour le Président Abdoulaye Wade et le maintenir au pouvoir si vraiment il pouvait apporter quelque chose à Macky Sall » ? Et d’être d’avis que « le drame est qu’en entretenant le phénomène le président de la République est en train de commettre les mêmes erreurs, les mêmes travers que son prédécesseur, Me Abdoulaye Wade. En a-t-il besoin ? Ce sera-ce le ver dans le fruit ».
En tout état de cause, dans l’opinion collective sénégalaise, soulignent beaucoup de Thiessois, « les gens n’aiment pas l’injustice, la traitrise. Le peuple sénégalais, aujourd’hui très ouvert d’esprit, vigilant et regardant, veut qu’on lui offre des modèles, des valeurs, et non pas des contre-modèles, des contre-valeurs ».