La Turquie dégaine ses sanctions contre les Pays-Bas

mediaAnkara considère également que l’intervention policière contre le rassemblement samedi soir 11 mars devant le consulat de Turquie à Rotterdam était disproportionnée.REUTERS/Yves Herman

Quarante-huit heures après le déclenchement d’une crise diplomatique entre la Turquie et les Pays-Bas – qui avaient interdit à deux ministres turcs de faire campagne pour le régime présidentiel sur leur territoire -, les premières sanctions turques sont tombées. Annoncées à l’issue d’un Conseil des ministres, elles sont de nature politique.

Avec nos correspondants à Istanbul,  Anne Andlauer et Alexandre Billette

La plus spectaculaire des sanctions turques concerne les échanges de haut niveau entre La Haye et Ankara. Toutes les réunions et rencontres prévues entre les deux pays, au niveau ministériel et au-dessus, sont suspendues.

Des mesures qui sont appelées à être maintenues « jusqu’à ce que les Pays-Bas rattrapent ce qu’ils ont fait », a déclaré le vice-Premier ministre, Numan Kurtulmus. Un peu plus tôt, la Turquie avait réclamé des excuses écrites.

Merkel accusée de soutenir le PKK et les putschistes du coup d’Etat raté

De même, jusqu’à ce que ces excuses aient été présentées, l’ambassadeur des Pays-Bas est interdit de séjour à Ankara. Hors de Turquie au moment de la crise, il avait déjà été sommé de ne pas y revenir.

Troisième mesure annoncée : la Turquie interdit aux « vols diplomatiques » d’officiels néerlandais de se poser sur son territoire, ou même d’emprunter son espace aérien. Cette mesure ne concerne pas les vols commerciaux, et donc les citoyens néerlandais qui devraient se rendre en Turquie.

Dernière mesure, le gouvernement turc va demander au Parlement de dissoudre le groupe d’amitié turco-néerlandais. Pas de riposte économique, donc, même si Ankara se réserve le droit d’adopter d’autres sanctions à l’avenir.

Le président Recep Tayyip Erdogan, pour sa part, s’en prend à la chancelière allemande. Angela Merkel est accusée de soutenir les terroristes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les putschistes du coup d’Etat raté de juillet.

Une crise qui profite au président Erdogan

En somme, loin de la désescalade, Ankara maintient la ligne dure et un discours patriotique, qui pourrait être payant en vue du référendum du 16 avril. C’est d’ailleurs la lecture qu’en fait la presse turque ce mardi 14 mars.

Recep Tayyip Erdogan est pour le moment le grand gagnant de cette crise, une crise présentée, comme une attaque anti-turque, raciste, islamophobe de la part de l’Europe. C’est bien sûr sans surprise le ton des médias pro-gouvernementaux par exemple. Les médias turcs citent notamment un responsable du Parti de la justice et du développement (AKP, au pouvoir), qui remercie l’Allemagne et les Pays-bas : grâce à ces pays, explique ce cadre, le « oui » va amorcer une remontée dans l’opinion.

Mais le soutien au président turc va bien au-delà. Le principal parti d’opposition, le CHP, fait campagne pour le « non »… mais assure le gouvernement de son soutien dans cette crise. « C’est notre tâche de défendre les intérêts nationaux de la Turquie » a dit, le leader du CHP qui dénonce l’expulsion, des ministres des Pays-Bas.

Recep Tayyip Erdogan qui fait donc coup double avec cette crise : il motive ses troupes et galvanise l’électorat nationaliste, et en même temps une partie de l’opposition se sent obligé de faire front commun avec lui. Une situation idéale pour le président turc à un mois d’un référendum aux résultats très incertains.

 

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